bois semé pas branché
30 mai 2026Deux conseils personnels:
* il vous reste encore la possibilité d'aller voir le "spectacle" en plein air proposé par le CDN sur le terrain de l'entreprise d'insertion et de production maraîchère SOLEMBIO sous le titre Alouettes - pièce de champ
Ce samedi 30 mai, c'est à 17 heures.
Nous l'avons vu hier et ça vaut vraiment le coup!
D'abord c'est en plein air et certains soirs il faisait si beau...
Ensuite, ce qui frappe c'est la nouveauté de ce genre de "pièce" .Cela ressemble finalement à une sorte de documentaire mais vivant, , théâtralisé, porté par des acteurs et actrices qui rejouent des extraits d'enquêtes, des interviews, etc... Voire qui "jouent "leur propre rôle comme Annabelle Hubert, qui est "cheffe de culture" salariée à Solembio. L'accès au lieu scénique se fait en traversant une des "chapelles" (serres) du site, où la beauté des plantes et légumes impose d'emblée le respect attentif du spectateur. Quant à la scène, c'est le grand champ occupé par diverses cultures et délimité dans le lointain par la ligne d'une haie boisée. On prend place sur des pliants, des bâches sont là en cas d'intempérie. Et on écoute... on entend... on entend fort bien grâce aux écouteurs et au subtil dispositif sonore mis en place.
Parmi les intervenants dont la voix est ainsi rapportée, un couple de chercheurs spécialistes des sols, Claude et Lydia Bourguignon, qui se définissent comme "scientifiques poètes". Et Fanny Rybak bioacousticienne, qui réussit à nous rendre sensible à tout ce que dit l'alouette... et même la mouche drosophile... Et Fanny Bas-Desfossez qui fait vivre le contexte des luttes et convergences entre différents acteurs: ONG, agriculteurs, instances de l'UE...
Et rien de lourdement prêchi prêcha, c'est vivant, drôle parfois, plein de jeux d'échelles et de distances comme au cinéma; sauf que c'est du théâtre. Il y est question du vivant, des vivants, des humains et des autres... et de tout ce, de tous ceux que l'on peut écouter.
Et puis, après vous avoir incité à vous documenter et à vous exprimer au sujet du projet photovoltaïque au Bois Semé, j'ai fini par vouloir m'exprimer personnellement sur cette question. Voici, ci dessous, les remarques que j'adresse au commissaire enquêteur...
Un vaste projet de production d’énergie électrique par panneaux photovoltaïques au sol concerne une vaste zone au sud d'Olivet dans la zone du Bois Semé;
L'idée d'accroître la production électrique dans notre pays est dans l'air du temps, elle correspond à un besoin lié à notre industrie et à notre mode de vie et au souhait de réduire la dépendance aux sources fossiles d'énergie. Le recours au PVE apparaît comme un bon moyen de décarboner la production et de compléter l'éventail des moyens disponibles (hydraulique, éolien, nucléaire...). Le projet au Bois semé concourt à cette perspective.
Il est assez facilement accepté par une partie de la population locale qui connaît mal ce quartier ou n'en voit pas les atouts éventuels: Ce "Bois semé " est traversé par une voie rapide bruyante, n'offre pas au regard les futaies que son nom semble évoquer et n'offre au promeneur que le spectacle d'une végétation rabougrie sur un sol visiblement usé. Bref, que cette friche laisse place aux grands panneaux ne semble pas scandaleux.
Et pourtant, je vais joindre ma voix aux avis hostiles à ce projet
Le dossier comporte des études tendant à étayer la faible valeur agricole des terrains de cette zone, à l'exception d'une parcelle qui, d'ailleurs, a été plus longtemps cultivée que les autres. Cependant, on sait que les besoins alimentaires de la population d'Orléans ne sont que partiellement couverts par l'agriculture périurbaine existante; et ce pour de multiples raisons économiques et professionnelles. Consacrer la zone du Bois Semé au PVE revient à réduire encore la part des terrains qui peuvent être maintenus ou orientés vers ces besoins essentiels. Le premier coup porté à l'exploitabilité agricole de la zone l'a été par la création de la voie rapide: faut-il donc après avoir mutilé la zone en privilégiant le tracé au nord de la zone habitée (résidence Foch en particulier,) s'acharner à la mettre à mort pour produire de quoi faire tourner nos climatiseurs, nos ordinateurs (et les data centers...), nos chargeurs de portables etc...? D'autant plus que les terrains gardent leur capacité de résilience: laissé à l'abandon, faute de continuation ou de reprise de l'exploitation agricole, un terrain se couvre d'abord en effet d'une pauvre végétation de genets et plantes rases: c'est ce qui donne actuellement à la zone son aspect de friche; mais au fil du temps, expliquent les spécialistes de Loiret Nature environnement, un couvert végétal plus diversifié et plus dense s'installe: les robiniers et les chênes viennent à leur tour. Ce ne serait plus un bois "semé" mais un bois "renaturé"...
Les travaux nécessaires à cette installation vont bien sûr causer un tort considérable à la faune et la flore, mais la modification nécessairement induite par les panneaux en ce qui concerne l'ensoleillement et l'arrosage par les pluies porteront atteinte à la biodiversité. Comme le montrent les études et inventaires joints au dossier, celle-ci est plus riche que ne l'estime le promeneur au premier coup d’œil et les quelques palliatifs envisagés ne joueront que par hypothèse et à la marge. Peut-on entendre les spécialistes mesurer globalement la raréfaction des insectes et de leurs prédateurs, avec toutes les conséquences par exemple sur la pollinisation, et s'accommoder de l'atteinte localement portée au Bois Semé. Oui, mais il y aura des moutons...pour tondre ce qui poussera! On souhaite à ces pauvres ovins de plus gras pâturages que ces friches... L’accès ouvert à quelques moutons paraît une bien pauvre compensation: c'est une manière de peindre en vert un projet bien gris!
Encore une fois, avec ce projet, nous humains, nous arrogeons le droit de disposer à notre gré, pour nos intérêts, de territoires dont nous ne sommes pas les seuls habitants. Ce fut d'abord jadis, pour défricher et cultiver; ce fut, naguère pour faire passer une jonction routière entre deux itinéraires, entre un échangeur et des zones d'activité, ce serait si le projet est maintenu pour y installer une source d'énergie solaire. Ne sommes-nous pas les maîtres et décideurs, ne sommes-nous pas "chez nous"? Les collemboles, bondrées apivores, alouettes et busards n'ayant pas le pouvoir de s'exprimer et de s'opposer, l'affaire paraît vite entendue... et ce ne sont pas quelques bestioles qui vont entraver un si noble projet! Elles iront voir ailleurs...
Mais justement, si c'était à la production photovoltaïque d'aller voir ailleurs? Au lieu d'accaparer des terrains qui pourraient avoir un autre usage (agricole, forestier, récréatif...) pourquoi ne voit-on les entrepreneurs du secteur jeter leur dévolu sur des espaces qui ne poseraient pas les mêmes problèmes? N'y a t-il pas de terrains pollués par une activité industrielle passée à équiper en priorité de panneaux ? Il y en a non loin du bois Semé, à proximité du Donjon. Pourquoi le vaste parking brûlé de soleil d'une grande surface commerciale proche du Bois Semé ne serait il pas équipé d'ombrières à la fois productrices et protectrices? Le recensement des toitures de logements, de collèges, de maisons de retraite, de hangars et terrasses a-t-il été mené à bien à Olivet pour que finalement seule la zone du Bois Semé offre des possibilités envisageables? Vraiment? J'en doute fort et je pense que la société SASU est allée au plus facile, d'autant plus que le propriétaire des terrains y voit aussi son intérêt.
Telles sont, Monsieur le commissaire enquêteur, les remarques que je vous communique en espérant qu'elles vous mèneront, avec d'autres, à la transmission au préfet de l'avis majoritairement négatif exprimé lors de la consultation publique.
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